Boules de Fourrure

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mardi 19 avril 2016 - Regard : Petit blond

Juste pour le plaisir

samedi 16 avril 2016 - Il est deux heures du matin

Il est deux heures du matin et ce n'est certainement pas la meilleure heure pour réfléchir. Ou pour écrire. Je ne suis pas de garde mais mon collègue m'a appelé en renfort vers minuit pour un vêlage : il avait une autre urgence. Le vêlage aurait sans doute pu attendre. Mais à quelle heure aurait-il fini ? Mieux vaut partager les emmerdes que les accumuler individuellement.

Il est deux heures du matin et dans la voiture, pendant les vingt minutes de route qui séparent l'étable de M. Louge de mon lit, je refais le match, je pense, j'argumente, je râle, je réfute. Je rate un embranchement. Manœuvre foireuse, je me remets sur les rails en esquivant les lièvres. Ce fut un vêlage sans grâce. Pas du sale boulot, mais pas un travail satisfaisant.

Une vieille routière, qui n'a jamais eu besoin d'aide pour vêler, avec un bassin en or. Un gros veau vigoureux, avec une légère torsion, un cou replié. J'ai réduit la torsion, allongé le cou du veau avec une corde bien placée. Et puis nous avons tiré. La tête est bien restée dans la filière pelvienne, pas de recul. Les épaules ont commencé à coincer. J'ai choisi d'insister. Il devait pouvoir passer. Un palan à trois tour, un opérateur costaud, avec parfois mes renforts : nous avons tiré fort, mais pas trop fort. J'ai du basculer la vache en soulevant son postérieur lorsqu'elle s'est enfin décidée à tomber. Lui écarter les cuisses pour faire bouger le bassin, réajuster des angles, tandis qu'il déplaçait le point d'attache du palan. Non, nous n'avons pas tiré si fort. Bien sûr, si les épaules sont venues sans effort excessif, je ne sais si je peux en dire autant du cul du veau. Trop de temps entre l'extraction de la moitié antérieure et celle de la moitié postérieure. Jusqu'à la délivrance. La rupture du cordon, et le veau sur la banquette de l'étable. Il respirait. Le cœur trop rapide, trop superficiel, nous l'avons suspendu, un peu, j'ai nettoyé le fond de sa gueule, j'ai injecté un analeptique, pour le faire démarrer. Sans doute inutile - vraiment ? - mais tellement réconfortant. On aime se dire qu'on fait quelque chose.

Je suis resté une demi-heure, pour le surveiller, l'aider à démarrer. Le vagin et le col de la vache étaient parfaits. Aucune déchirure. Non, nous n'avons pas tiré si fort que ça. Alors, pourquoi cela a-t-il été si difficile ? Pourquoi a-t-il autant souffert ? Et surtout, va-t-il survivre ? Ai-je fait les bons choix ?
Oui : puisque nous n'avons pas tiré si fort, puisque j'ai réussi à gérer techniquement chaque étape de la naissance. La torsion, le cou replié, l'extraction de l'avant, celle de l'arrière. Puisque, sur le papier, tout s'est bien passé.
Non, puisque le veau a vraiment du mal à démarrer, parce que son pronostic vital est sérieusement engagé (ça veut dire : il y a trop de chances qu'il y reste).

Bien sûr, j'aurais pu faire une césarienne. Mais bon : sur une vache de dix ans qui a toujours vêlé seule, avec une excellent bassin, une bonne préparation, un veau qui s'est bien engagé dans la filière, sans aucun indice de recul des membres ou de la tête, pour laquelle la force d'un seul homme sur un palan à trois tours a suffit, même si ce fut musclé ?

Il est deux heures du matin et je suis devant mon clavier, avec un mauvais sentiment d'inachevé. Le vêlage est un acte entier, après lequel on peut aller se coucher avec le sentiment du devoir accompli. Quelle que soit la façon dont les choses se sont terminées. Pas cette fois.

Pourquoi ?

jeudi 17 mars 2016 - L'étalon noir

Nous sommes dans un pré. Il n'y a rien entre moi et les sommets des Pyrénées. Je contemple sans les voir les nuances de noir sur les collines, sur les montagnes. Les sapins, la neige, le ciel, fondus dans l'obscurité. C'est, à la fin, la conclusion de cette journée. J'attends. Je suis épuisé. Quand je suis arrivé, nous avons à peine parlé : tout avait déjà été raconté. L'homme s'est avancé dans le pré, vers son cheval. Il l'a rassuré, il l'a licolé, et puis, je me suis approché. Regardant mes pieds, contemplant le sol, la pâle blancheur des pâquerettes nouvelles. La jument est venue me flairer, je ne me suis même pas retourné. J'ai commencé à le caresser. L'étalon noir. Sa cascade obscure de crins emmêlés, son discret parfum d'équidé. Il s'était levé, je n'avais toujours pas parlé. Dans ma main, dans ma poche, la seringue de plastique, l'aiguille, le sédatif, presque trop réels, trop… tranchés, dans le silence de cette nuit sans étoile.
J'ai appuyé sur le bouton de ma lampe frontale.
Cruelle agression déchirant l'obscurité.
J'ai fermé les yeux.
Il s'est cabré.
La lumière : je l'ai aussitôt occultée.
La voix du monsieur s'est élevée. Des mots doux, des gentillesses. Des caresses et du silence formulés. Presque scandés. Ses mots nous ont, à nouveau, enveloppés. La nuit était revenue. Je me suis à nouveau approché. Ma main gauche a fait la compression, et de la droite, j'ai palpé la veine, la jugulaire. Pas besoin de voir. Il suffit de toucher.

Noir de Mérens sur noir de Pyrénées.

J'ai relevé ma manche gauche, j'ai piqué. Il s'est contracté, et puis j'ai senti la tiédeur du sang couler sur ma main, glisser sur mon avant bras. Même dans le noir, je sais tuer…
J'ai injecté le sédatif. Il s'est détendu. De nouveau, rassurée, sa compagne est venue me flairer, son souffle chaud et les chatouilles de ses naseaux sur ma nuque. J'ai rempli ma seringue d'anesthésique.
Il est tombé.
La seringue d'euthanasique.
Il s'est arrêté de respirer.

Dans le silence, il s'est fondu dans l'obscurité. L'étalon noir nous a quitté.

Il n'y a pas très longtemps, à Muret, j'ai eu la chance d'entendre Hugues Aufray en concert. A 86 ans.
Je crois que je n'ai presque jamais entendu ma mère chanter. Et pourtant, je crois me souvenir, que, oui, elle chantait Aufray. C'était il y a trente ans. Je ne l'ai jamais écouté. Jusqu'à récemment, jusqu'à ce concert, où, par hasard, j'ai invité mes parents.
Je me suis rappelé de tant de chansons. Céline, Santiano, Monsieur le professeur. Tant de choses sont remontées, tant d'émotions, de sensations enterrées. Tant de belles choses informulées.
Et puis, cette chanson là.
Je l'avais consciencieusement enterrée. C'est un tube, et je l'avais parfaitement oublié. Éradiqué.
Je me suis pris Stewball dans la gueule, je me suis pris Stewball dans l'estomac.
Et le petit garçon, en moi, celui qui avait dix ans, celui qui lisait l'étalon noir, s'est demandé ce qui lui était arrivé.
Et si ma fille avait été là, peut-être, oui, peut-être, que, dans le noir du pré face aux Pyrénées, dans le noir du gymnase de Muret, pour la première fois, elle m'aurait vu pleurer.

jeudi 28 janvier 2016 - Le jars

Oie de ToulouseJ'avais hésité un instant. Devais-je garer ma voiture à droite ou à gauche de cette voie sans issue ? Dans le sens d'arrivée, ou le sens de départ ? Coincée entre de vieux murs de pierre plus ou moins effondrés, ma voiture bloquerait de toute façon la ruelle. Pas trop près du mur, en tout cas, à cause d'un caniveau dont je n'aurais jamais pu ressortir ma roue. Je choisis la droite, et le sens d'arrivée, parce que je ne me voyais pas manœuvrer. Je ressortirai en marche arrière. J'espérais juste que personne ne klaxonnerait en s'offusquant de la présence d'un étranger dans sa ruelle. J'espérai aussi que le lierre éviterait encore quelques heures à la grange au toit effondré qui dominait mon véhicule de s'effondrer et l'ensevelir sous des gravats centenaires.

Le portail de la ferme était de l'autre côté de la petite rue. Juste devant la porte de ma voiture, donc. Un antique assemblage de ferraille soudé sur place dont les gonds descellés n'avaient pu prévenir le basculement. Une première réparation, un câble tendu entre l'extrémité du portail et le haut du mur censé supporter les gonds, n'avait pas mieux réussi. La seconde réparation, moins audacieuse, semblait tenir la route : une roue de brouette soudée sous le portail, coincée dans le caniveau, qu'il me fallait soulever puis faire rouler en espérant ne rien casser.

Il n'y avait personne. Dans le petit jardin devant moi, au fond duquel se tenait, tant bien que mal, une étable abritant mes patientes, quelques poules, un mouton, deux oies. Ou plutôt : une oie, et un jars. Énorme. Les deux volatiles me tançaient d'un air mauvais, portant leur ridicule bavette et fanon avec leur majesté caractéristique. Je me tenais dans l’entrebâillement du portail dont la roue, coincée par ma botte, attendait de retomber dans le profond caniveau dont j'aurai le plus grand mal à l'extraire à nouveau.

J'observais les oies, les oies m'observaient. Personne n'avait prononcé le moindre mot, personne n'avait osé cacarder. Je portais, repliée sur mon avant-bras droit, ma lourde blouse de coton couleur cachou, l'uniforme de camouflage du vétérinaire rural, couleur bouse. Dans ma main gauche, mon stéthoscope, un thermomètre, quelques tubes et aiguilles de prélèvement sanguin, des gants en plastique pour la fouille. Bien trop de choses. Je lançais un regard anxieux au petit portail qui, à la moitié de la longueur de ce jardin, communiquait avec la courette empierrée de la ferme. Pas un mouvement. Les chiens dormaient, et monsieur et madame Bordes aussi, sans doute. Je n'avais aucune envie de les réveiller.

Mes premiers contacts avec M et Mme Bordes avaient été… impressionnants. Cela ne faisait que quelques mois que je travaillais pour ce vétérinaire, et si j'avais peu croisé monsieur, madame m'avait fait forte impression en débarquant comme une furie dans le cabinet. Le soir, avant la fermeture, maniant son relevé de facture mensuel comme un maillet, elle s'était jetée sur mon employeur, un petit bonhomme à lunettes débonnaire. Je m'étais prudemment réfugié dans la salle de consultation, ne voulant rien avoir à faire avec ce qui semblait un rituel bien réglé, la contestation de facturation. Je devais découvrir au fil des semaines qu'effectivement, cette agression mensuelle avait valeur de tradition entre madame Bordes et mon employeur. M Borde, lui, n'intervenait jamais, et d'ailleurs, ne parlait jamais, du moins en présence de son épouse. Elle, avec sa robe à fleurs à motif imprimés, ses lunettes à cordon en demi-lune et son inidentifiable mais caractéristique parfum, lui, dans son pantalon et sa veste de toile bleue d'ouvrier. Lui, silencieux, et même taciturne, dont j'avais le plus grand mal à obtenir le moindre commémoratif lorsque je soignais ses veaux, elle, volubile, orageuse, prenant toujours tout le monde à partie sur tout et n'importe quoi : la météo, l'injustice du monde ou l'incurie du maire.

Dans l'idéal, si tout pouvait se dérouler comme je l'imaginais, j'irais jusqu'à l'étable, j'examinerais la vache, la délivrerais de son placenta pourrissant et m'en retournerais sans encombre dans le refuge de mon automobile. Je ne voyais qu'un obstacle à mon plan : un couple d'oies grises et blanches. L'équilibre qui prévalait à cet instant ne pourrait se prolonger indéfiniment. Si elles n'avaient pas encore esquissé le moindre geste, au milieu des poules indifférentes, c'est que je m'étais également figé. Je sentais que mon prochain pas, accompagné de la fermeture du portail, serait une rupture. J'avais peur des oies. Je pouvais tenir un pitbull dans les bras ou approcher une vache juste vêlée, piéger un chat agressif ou tenir tête à un cheval paniqué, mais j'avais peur des oies. Pas une peur panique et irraisonnée, plutôt une inquiétude née de la méconnaissance de ces bestioles et des déclarations péremptoires de ma mère sur le sujet, qui m'avaient fait forte impression pendant mon enfance. De sales bêtes. Et puis, j'avais en tête le Capitole et ses oies de garde, le vacarme de leurs criaillements qui immanquablement tireraient monsieur, et surtout madame Bordes, de leur sieste.

Je choisis la confrontation bravache. Ces animaux sont impressionnables, il suffit de prendre la pose en écartant les bras devant elles pour qu'elles renoncent, m'avait-on expliqué. Je m'étais imaginé, à dix ans, prendre la posture d'une oie, jambes un peu pliées, buste redressé, bras en V avec les poignets cassés. Au cas où je me ferais piéger en allant voir un de mes amis fils d'agriculteur [1].

J'avançais donc d'un pas décidé vers l'étable, au fond du jardin, démarche quelque peu compliquée par le slalom entre les fientes de la basse-cour. Les oies s'avancèrent vers moi, une accélération coulée, presque silencieuse, tête vers l'avant, bec ouvert, ailes à peine écartées. Je leur fis face, j'écartai les bras. Elles se figèrent. Je ricanais. Je repris mon chemin vers l'étable, elles se glissèrent derrière moi, imaginant sans doute me pincer les mollets ou les fesses. Je me retournai sèchement, elles redressèrent leurs longs cous. Il y eu un instant de flottement, puis le jars passa à l'attaque, ailes grandes ouvertes, sifflant, criaillant, son oie sur les talons. Je vis son bec d'un orange profond surmontant cette bavette qui, moins ridicule tout d'un coup, lui conférait un air vicieux. J'avais ma lourde blouse cachou dans la main droite, je n'hésitai pas : je lui assénai un coup violent. Sa tête valdingua vers ma gauche. Il tomba comme une masse. Inerte. Ne se releva pas. Une goutte de sueur froide dévala ma colonne vertébrale.

« Simone ! Il a tué l'jars ! »

M. Bordes se tenait appuyé sur son petit portail, me coulant un regard mauvais sous sa casquette grise à carreaux. Son épouse le rejoignit, se penchant comme lui. J'étais figé.

« Vin d'là ! Une bête de concours ! La meilleure du canton, on avait été la chercher au marché de Samatan tout exprès ! »

Combien cela allait-il me coûter ? Et comment mon employeur allait-il prendre l'histoire ? Non qu'il me reprocherait une faute éthique. Je l'imaginais plutôt m'en vouloir d’avoir fourni des cartouches à sa Némésis dans leur lutte mensuelle. Madame Bordes se retira, dégoûtée. Je savais qu'elle reviendrait à l'assaut, calculant combien cela nous coûterait. Monsieur Bordes, lui, n'avait pas bougé. Il me fixait. Comme l'oie, dressée derrière le cadavre de son mâle.

Il y eut un frémissement. Le jars redressait la tête, le jars se relevait. Il tangua, retomba, tituba, tenta de reprendre contenance. Le cou plié, à moitié assis, la bavette molle, il reprenait ses esprits. Il fit demi-tour. Je masquais un soupir de soulagement.

« Simone !
- Quoi ?
- Le véto
- Quoi le véto ?
- Il l'a raté ! »

Un gargouillement monta de la maison.

« Saloperie de bestiole ! »

Note

[1] Je visualisais très bien la technique, c'était exactement ce que faisaient les chevaliers du Zodiaque à longueur d'épisode. Le Club Dorothée avait donc des valeurs pédagogiques en matière de survie en milieu hostile.

mercredi 25 novembre 2015 - Prophylaxie

Trente. Je pose le trentième tube dans la boîte en carton déformée par l'humidité, au bout de la rangée. Plus qu'une rangée et la boîte sera complète, plus que trois rangées et un tube de plus, et ce supplice sera terminé. J'essaye de mettre le moins de bouse possible dans la boîte, alors j'essuie le tube, et ma main, contre ma blouse. Il faut que je réinscrive le numéro de la vache, l'encre du stylo a bavé.
Pendant ce temps, les quatre blondes précédentes ont jailli du couloir et couru vers le pré, tandis que M. Arize et son fils poussaient les suivantes vers le piège. Le père, pantalon de toile bleue, veste indéfinissable, casquette. Râblé, et silencieux, sauf pour râler.
J'ai remis des tubes dans ma poche droite, des aiguilles dans la gauche, cherché mon porte-tube. Les deux pistolets à tuberculiner sont encore chargés. L'aiguille du second est un peu tordue. Le rasoir fera encore quelques vaches. Le cutimètre est couvert de sang.
J'ai froid. Il fait presque doux, aujourd'hui. Neuf degrés. Hier, à la même heure, nous étions plutôt dans les moins un. Mais il faisait beau. Aujourd'hui, il pleut, il bruine, il crachine, les nappes de brouillards se sont enfin levées, mais elles ont été remplacées par des rafales de vents qui aident la pluie à nous transpercer.
Je piétine, pour me réchauffer. A mes côtés, Mme Arize cache l'inventaire des bovins dans un grand calendrier du Crédit Agricole presque neuf. 2014. Au moins, ses feuilles sont propres.

Ça y est. Les quatre vaches sont dans le couloir. La porte est refermée. Je visse l'aiguille sur le porte-tube du vacutainer, pré-insère le tube sous vide, saisis la queue avec ma main gauche, glisse la droite en dessous. Je plante, enfonce le tube. Le sang vient, vite. Je retire l'ensemble, ôte le tube, essuie le sang et la merde avec ma blouse, écris le numéro. 0740. La trente-et-unième. Les vaches se sont mal alignées dans le couloir de tubes de métal, je fais le tour, ce sera plus pratique par l'autre côté. J'ai les yeux presque fermés pour les protéger des rafales de bruine. Je retire l'aiguille du porte-tube, la recapuchonne, visse la nouvelle, pré-insère le tube sous vide, saisis la queue avec ma main gauche, glisse la droite en dessous. Je plante, elle sursaute. Raté. J'ai aspiré du vide. Je l'insulte mollement, change le tube, et recommence. Cette fois, j'anticipe sa fuite, le tube se remplit très vite d'un chaud liquide écarlate. Je retire l'ensemble, ôte le tube, essuie le sang et la merde avec ma blouse, écris le numéro. 4587. La trente-deuxième. Les vaches ont bougé, je refais le tour du couloir.
Pendant ce temps, le fils de M et Mme Arize, brun, silencieux, et même : taciturne, a pris le rasoir et commencé à raser les vaches. Quelques centimètres carrés sur le tiers supérieur et sur le tiers inférieur de l'encolure. Je ne lui ai rien montré, il a regardé. Je lui explique comment changer la lame, les quelques astuces pour ne pas les couper. Je le remercie, il n'y a rien à ajouter.
Je finis les prises de sang sur les deux dernières vaches. Trente-quatre.
Je pose mon porte-tube, je prends les pistolets à tuberculiner. Le A, dans la main gauche, pour l'aviaire. Le B, pour la bovine, dans ma main droite. Le A pour le tiers supérieur, le B pour le tiers inférieur. Je vise le bas de la zone rasée, en évitant de faire l'intra-dermo sur une coupure, s'il y en a une. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Je pose mes pistolets, et prends le cutimètre. Mme Arize ouvre son grand calendrier.

« Je commence par la dernière. 105, 90. 110, 85. 120, 100. Merde arrêt de bouger, cocotte ! Bordeeeel, ça ne fait pas mal ! 110, non, 100. Et 80. »

Toujours dans le même ordre, toujours, je mesure le pli de peau sur la zone rasée, sur mon point de piqûre. Dans trois jours, nous referons passer les 71 vaches dans le couloir, et je re-mesurerai les plis de peau. Pourvu qu'ils ne s'épaississent pas, pourvu que les plis de la tuberculine bovine ne soient jamais supérieurs aux plis de l'aviaire. Si ça grossit beaucoup, c'est peut-être parce qu'il y a de la tuberculose. Si ça ne grossit que sur le A, c'est sans doute de l'aviaire, on s'en fout. Si ça ne grossit que sur le B, c'est la merde.

La grosse merde.

« C'est bon pour moi ! »

Une prise de sang par vache, pour rechercher la brucellose et l'IBR. Une intra-dermo comparative pour chaque, pour la tuberculose. Le grand cirque annuel de la prophylaxie.

Le fils Arize ouvre le couloir tandis que son père calme les vaches trop serrées dans le parc en amont du couloir de contention. Il gueule, elles la ferment. Les quatre vaches s'échappent, il referme le couloir, j'ouvre la porte d'entrée, les vaches s'engouffrent, vite, pour une fois. Je claque la porte derrière la quatrième.

Je visse l'aiguille sur le porte-tube, pré-insère le tube, je saisis la queue avec ma main gauche, glisse la droite en dessous. Je plante, enfonce le tube. Elle tressaille mais je suis. Le sang ne vient pas, je bouge un peu, tourne l'ensemble, ça vient, ça vient vite. Je retire mes mains, ôte le tube, essuie le sang et la merde avec ma blouse, écris le numéro. 3338. La trente-cinquième. M. Arize en profite pour reposer une boucle d'identification.

Il pleut, et j'en ai marre. Le lot est fini et après ces quatre là, il faudra bouger le couloir. Il faudra l'apporter un peu plus loin, devant la vieille étable, pour y faire dix-sept vaches. Cinq passages, en gardant une ou deux vaches dedans à l'avant-dernier, pour que la dernière soit calée, et pas seul sur la longueur du couloir. Et puis il faudra re-bouger tout ça pour aller à deux kilomètres de là, pour le solde, les… combien ? Trente-huit ici, vingt-sept là-haut, donc seize vaches. Quatre couloirs. Une rangée pleine dans la boîte, et six de plus.

Je me tourne, instinctivement, dos au vent. Comme les chevaux, dans le pré à quelques mètres, qui nous regardent d'un œil morne lorsque la pluie et le vent nous donnent un répit, et se tournent lorsque reviennent les rafales. Quatre comtoise, aux culs d'armoires normandes.
Il fait gris, tout est gris, même l'herbe rase dans les champs et les chênes et les châtaigners et les autres arbres que je ne sais pas reconnaître, qui s'entêtent à garder leurs feuilles dont les ors proverbiaux se sont depuis longtemps accordés à la bouse qui macule mes bottes, ma blouse, mon visage et mes mains. J'ai froid.
La cloche de la salers qui mène le troupeau sonne dans le pré. Elle avait eu bien du mal à passer dans le couloir avec ses antennes en forme de lyre. Meuglements, coups de gueule, le métal du couloir qui frotte sur le béton de la cour, la cloche, le vent.
Nous travaillons, méthodiques, silencieux, maussades, unis dans notre détestation de ce travail mais résignés à être efficaces pour y passer le moins de temps possible.

J'ai reposé mon cutimètre, Mme Arize a replié son calendrier. J'observe le fils Arize qui manœuvre en virtuose le couloir attelé avec une chaîne à la fourche du tracteur. La machine promène l'immense structure de tubes d'acier comme s'il s'agissait d'un panier en osier.
Je range mon bordel, je suis le tracteur, je suis le couloir, je suis M et Mme Arize en les aidant à refermer le pré du premier lot de vaches. Le fils, d'un seul mouvement de son tracteur, a posé le couloir là où il devait être. Il le soulève, son père libère l'essieu du couloir qui bascule et se pose au sol. Ils n'échangent pas un mot, pas un geste. Le fils bascule sa fourche, le père détache la chaîne, le fils recule et gare le tracteur, son père est déjà en train de fixer les barrières qui feront un entonnoir canalisant les vaches de l'étable vers le couloir.
Nous sommes contre le bâtiment. Il pleut, un crachin si dense qu'on dirait du brouillard. La cloche de la salers, le meuglement des vaches, en bas. Le cliquetis de la chaîne de la première vache libérée par M. Arize, dans l'étable.

Je visse l'aiguille sur le porte-tube, pré-insère le tube, je vais saisir la queue avec ma main gauche…

J'ai faim.

J'ai froid.

dimanche 25 octobre 2015 - Panique hors-bord

Comme à mon habitude, je me suis à moitié assis sur la table, calant sans forcer le petit ratier entre ma hanche et ma main gauches. De la droite, je le caresse et le palpe, nœuds lymphatiques, trachée, ma main glisse et recherche les masses, les irrégularités, appuie doucement sur une paupière pour voir la muqueuse oculaire. Il se dérobe, je le rassure. Je lui parle, tout le temps, doucement, lancinant. Des mots qui ne veulent pas dire grand-chose. Des mots pour occuper l'espace, pour faire un pont, pour accompagner mes gestes. Tout va bien.
Il s'est tendu. En douceur, en lenteur, je garde le contact pour ne pas le laisser s'échapper, sans le coincer, sans le braquer.
Tout va bien.
Près de moi, son maître et sa maîtresse, un couple souriant de personnes âgées ne cessent de me parler alors qu'avec mon stéthoscope sur les oreilles, je n'entends plus que le cœur – un peu rapide, mais parfaitement régulier – et la respiration – normale – du vieux ratier.
Je pose mon stéthoscope. Le monsieur a fini de parler. Je ne sais pas vraiment ce qu'il racontait, je ne sais pas s'il a compris que je ne l'entendais pas, je ne voulais pas le rabrouer. J'ai fait comme si je n'avais pas vu qu'il me parlait. De toute façon, tête penchée, je regardais le chien. Nous faisons comme si de rien n'était. Je ne suis pas malpoli, et il n'est pas ridicule.
Tout va bien.
Le chien tousse. Enfin, pas là, maintenant, en consultation. Non, parfois, à la maison, il tousse. Je palpe sa trachée entre deux caresses peu appuyées. Pas de sensibilité particulière. Reste à voir ses dents et le fond de sa gorge. Je passe ma main droite sous sa gueule, et, avec deux doigts, j'écarte doucement les babines. Je suis assis, je suis presque derrière lui, il découvre ses crocs, je me méfie. Je ne le tiens toujours pas vraiment, mais j'appuie un peu plus le contact. Il menace. J'insiste un peu. Et puis j'esquive le coup de dents dirigé sur ma main droite, tout en le saisissant, cette fois, de la main gauche. J'écarte mon visage. Il se retourne sur ma main gauche, ma prise est mauvaise, je lâche. Il saute de la table, et se réceptionne avec la grâce d'un étudiant vétérinaire qui, en fin de soirée au cercle des élèves, vise son lit et s'endort en se vautrant sur sa table basse.
Tout va b…
Bon, c'est le bordel.
Il se secoue la tête, un peu assommé. Il a vraiment fait un son creux en cognant son crâne sur le carrelage, à la fin de sa culbute. J'évite les plaisanteries sur le vide de sa boîte crânienne, je souris, je le prends à partie.
- Et bien bonhomme ? On panique ? Je ne t'ai pas fait mal, pourtant ?
- Ben oui, Libellule, il ne t'a pas fait mal, le docteur ! reprend sa maîtresse.
- Nous supposons qu'il a été battu, avant, nous l'avons récupéré il y a un an à la SPA, vous savez. Un vieux chien dont personne ne voulait…

Bon.
Je ne sais toujours pas pourquoi il tousse. En tout cas, du coup, j'ai bien vu ses dents, et ce n'est pas à cause du tartre. Le fond de gueule, par contre, je ne sais pas, et je ne saurais pas. Ses propriétaires préfèrent les certitudes. Je propose d'exclure une pathologie pulmonaire en faisant une radio, même si, comme je le leur précise, je n'y crois pas.
Ils sont partants. Le chien, non, clairement.

- Vous allez devoir le museler, docteur !

Oui.
Libellule montre les dents à tout le monde, maintenant. Je ne pourrais pas le reprendre sur la table ou dans les bras, pas aujourd'hui, et ses maîtres ne pourront pas faire grand-chose non plus. Il n'est pas encore en panique, mais il y va tout droit. Pour l'instant, il menace, il gronde, comme un trouillard qui sait qu'il ne peut pas avoir le dessus. Alors va pour un nœud sur le nez. Un lien, plus facile à poser et plus sûr qu'une muselière.

J'appelle une assistante, et nous le surprenons. Nous voyant approcher, il a mordu dans le vide, nous lui avons cloué le bec. Quelques gestes rapides, le tenir fermement, sans le brutaliser, il se tortille, je le suspends par la peau du cou, à deux mains pour l'empêcher de se retourner, mon assistante finit le nœud, il se chie dessus, vide ses glandes anales, urine, j'en ai plein mes godasses, il y en a sur le lien qui étale la merde sur mes mains. Je lâche la peau du cou, le soulève simplement par le thorax, une main de chaque côté, je le cale et le pose sur la table de radio. Tout au long du trajet, il s'est déchaîné, tentant tout à la fois de fuir et de me mordre, étalant à grand coups de queue ses excréments sur son pelage, sur mes bras, ma blouse, la porte, le couloir…

Derrière moi, une assistante a sorti le chariot du ménage.

Je continue à lui parler, fermement, doucement, j'essaie de reprendre un contact que nous avons perdu, je sais que c'est en vain mais la litanie m'aide à canaliser ma colère devant sa stupidité, devant mon échec, devant cette panique qui l'a fait replonger loin dans son passé, et ça pue, je pue, il pue, toute la clinique pue la merde, et en plus sur la radio, il n'y a rien.

La dame, dans le couloir :
- Si vous pouviez lui couper les griffes ? Nous, on ne peut pas ! Parce qu'il est comme ça dès qu'on le contrarie. Il accepte de plus ne plus de choses, mais ça, non !

Alors nous coupons, ses griffes sont si longues qu'elles tordent ses doigts : ce n'est vraiment pas du luxe, non. Mais Libellule panique complètement, il bouge tant et tant qu'évidemment, il saigne un peu d'un doigt. Ce n'est rien, mais lorsque je le repose au sol en faisant glisser le nœud, il constelle de sang le carrelage blanc conchié par sa diarrhée…

- Bon, et bien ses poumons sont nickels à la radio comme à l'auscultation, son cœur est impeccable, il n'a pas de sensibilité à la trachée, pas de tartre, je suppose qu'il a plus ou moins le fond de gueule enflammé, ou qu'il fait quelques reflux gastriques, mais je ne pourrai pas le prouver… et puisqu'il ne tousse pas trop, et bien… nous n'allons rien faire.

Je suis tellement déçu par cette consultation que je m'attends à ce qu'ils soient déçus, eux aussi.

Mais non.

Au milieu de ma salle de consult', de la merde, du sang et de la pisse, tendis que deux assistantes passent éponge et serpillière, ils sourient.

- Ah, ben on est bien contents alors !

mercredi 14 octobre 2015 - Chiens

Chiens
Un carlin et un braque de Weimar. Quelques dizaines d'années de sélection les séparent ?

samedi 12 septembre 2015 - Second avis

Mme Lauze est venue pour un second avis.

Avec son bouledogue au bout de sa laisse, souriante, inquiète. Attentive. Je l'invite à entrer, me demandant comment me situer. Je suis, moi aussi, souriant, inquiet, et attentif. Vient-elle parce que l'autre est un con, parce qu'il lui a donné une mauvaise nouvelle, parce qu'il l'a prise pour une conne, parce qu'elle n'a rien compris ? Ou juste parce qu'elle ne lui fait pas confiance ? S'est-il trompé, serai-je d'accord avec lui, saurai-je avant de me prononcer, ce qu'il lui a expliqué ? Va-t-elle chercher à me piéger ? Ou veut-elle juste se rassurer ?

J'examine Marty - le bouledogue - en discutant. Je n'ai bien sûr jamais vu ce chien, ni cette dame, et l'exercice suppose que je ne les reverrai jamais. Alors, nous faisons connaissance, quelques banalités, et tout de suite, elle m'explique : le diagnostic, et la prise en charge proposée par le confrère, qui implique une chirurgie. La dernière anesthésie générale sur ce chien s'est plutôt mal passée. Elle espère donc qu'il a tort, qu'il y a moyen d'éviter le bloc. Elle parle vite, mais elle est précise. Il y a une vraie urgence dans son maintien, mais elle se détend. Est-ce parce que je viens de lui demander de m'expliquer précisément ce qu'elle attendait de moi sans commenter ou juger les motivations de cette seconde consultation ? Ou est-ce simplement parce que son chien est à l'aise sur la table de consultation, content d'être papouillé et ausculté ? Et puis d'ailleurs, est-ce que les clients se demandent ce que le vétérinaire va penser d'eux, lorsqu'ils viennent ainsi remettre en doute les compétences d'un confrère ?

La boufiole suspecte, sujet de la chirurgie proposée, ne prête pas vraiment à discussion. Oui, il faut l'enlever, même si Marty n'est vraiment plus très jeune, même s'il est un peu cardiaque, un peu insuffisant respiratoire, un peu mal foutu de partout, en fait, sous le poil ras de sa robe grise. On ne nait pas bouledogue sans devoir faire de lourdes concessions à la physiologie normale de l'espèce canine.

Madame Lauze interroge, s'inquiète et se rassure en constatant que mon avis et celui de mon confrère convergent. Marty, lui, corne, ronfle et s'étouffe joyeusement dans mes bras, où il vient d'aterrir en échouant dans sa tentative de suicide par chute fatale depuis une table de consultation.

Le bât blesse un peu lorsque que je lui précise que si je devais l'anesthésier, je préférerais qu'échographie d'abord son coeur, pour mieux comprendre le souffle entendu. Pour, à plus long terme, accompagner au mieux son vieillissement. A dire vrai, OK, je n'hésiterai pas trop à l'anesthésier sans cet examen. Mais puisqu'il serait très pertinent de le faire, autant le faire avant de l'endormir, non ?

Sauf que...
Sauf que, m'explique-t-elle, le rendez-vous chirurgical avec mon confrère du premier avis est déjà pris. Pour demain. Et que je ne sais pas faire une échocardiographie. Cet examen ne pourra pas être fait pour le lendemain. Elle ne veut pas annuler.
Et elle ne peut pas repousser, pas sans expliquer à son vétérinaire pourquoi, or elle ne veut pas lui annoncer qu'elle a demandé un second avis. Ne risquerait-il pas de penser qu'elle ne lui fait pas confiance ? Lui, qui, m'explique-t-elle maintenant, est, en plus, un ami ?

Elle se sent coincée. Alors, elle me demande : et si je l'opérais, sans rien dire ? Elle n'y croit pas, ça se voit, mais l'idée lui a traversé l'esprit. Je souris : hors de question. Et puis, de toute façon, il faudrait voir à ne pas le prendre pour un con : ça risque de se voir, que la masse cutanée n'est plus là.

Elle est entrée dans ma salle de consultation en s'inquiétant pour son chien, et pour l'anesthésie. Elle la quitte inquiète pour elle, et pour son ami. Et pour ça, aussi, elle me demande mon avis ?

J'en fais souvent, des « consultations de second avis ». Je suppose que'un certain nombre de mes propres clients vont chercher d'autres réponses, ou d'autres questions. Ca me convient : je ne suis pas susceptible, et je ne suis pas omniscient ou omnicompétent. Il est naturel de chercher à confirmer ou infirmer un diagnostic, un pronostic, ou une proposition de traitement. Même si, bien sûr, dans ces circonstances, je peux ressentir un pincement, un défi ou parfois, même, un petit sentiment de trahison. Personne n'aime être remis en question. Surtout quand on joue aux devinettes avec un diagnostic et que l'on sait bien que l'on pourrait avoir tort. Que le client pourrait avoir mal compris, et raconter n'importe quoi au confrère. Que le confrère pourrait être indélicat, ou pire, incompétent. Que…

Je lui souris, et je lui dis : moi, ça me vexerait, un peu, oui. Mais je comprendrais. Et puis, hé, j'avancerais. A vous de gérer.

vendredi 10 juillet 2015 - Music

Je le vois quitter le comptoir de l'accueil de la clinique, alors que je sors de salle de consultation. Il a les yeux rouges, et me fuit tout en me disant bonjour, cachant ses larmes.

- Music ?
- Ça va pas fort, Fourrure, ça va pas fort. Tu peux passer le voir à la maison ?

Je... oui, je le laisse s'enfuir. Ce n'est pas le moment de discuter, et oui, bien sûr, oui, je passerai, après les consultations.
Même si je n'en ai aucune envie.

Il n'habite pas loin, à peine à quelques rues de là. M. Marty me présente son épouse, Sylvie, ses rosiers, son salon. Il n'a pas besoin de me présenter Music. Le vieux setter est l'un des piliers de la clinique, même s'il la déteste et se cache toujours au fond du C15 quand son patron vient chercher ses médicaments pour le cœur.

La première fois où je l'ai vu, il y a une bonne dizaine d'années, M. Marty était assis sur une chaise pliante au fond de la salle de radio, le visage dans ses mains. Ce jour là aussi, il pleurait. Music avait bondi au moment où son maître appuyait sur la détente. Une décharge de plombs, ce n'était pas trop grave, mais il y avait perdu un œil. C'était la première fois où nous avions posé un implant de silicone, lors de l'énucléation. Un tout petit peu trop grand, finalement. Mais Music avait continué sa vie de chien épanoui, son maître avait petit à petit digéré sa culpabilité (enfin, à peu près). Music qui continuait à l'accompagner à la chasse, de préférence sans fusil, Music qui était dans sa voiture, partout, tout le temps, Music qui dormait à côté de son lit.

- Tu vois, Fourrure, surtout ces derniers temps, c'est mon chien bien plus que celui de Sylvie.
- Il ne me lâche plus d'une semelle, on croirait qu'il se rassure avec moi. Il n'y voit plus grand chose, le bonhomme.
- Les enfants sont loin, alors, maintenant, c'est lui, notre enfant. Regardez, il y a son portrait, là, sur le mur.

Sur la tapisserie à fleurs du salon, un tableau, Music, avec un faisan dans la gueule. Avec ses deux yeux.
Le setter est couché sur une couverture, près de la table basse. J'écarte un vase, m'assied près de lui, l'examine. Il s'intéresse aux odeurs de mon pantalon, mais, circonspect, n'ose remuer la queue. Apprécie mes caresses, mais avec prudence. Un peu déshydraté, mais sans plus. Je lui palpe l'abdomen, souple. L'auscultation n'est pas pire que d'habitude, pas d’œdème pulmonaire, malgré la chaleur, ce n'est pas le cœur. Je le lève, M. Marty m'explique qu'il n'y arrive plus, seul, que les choses se dégradent à ce niveau, depuis quelques semaines. Neurologiquement, tout va bien, mais il a mal au dos, très mal au dos.

Ça explique la faiblesse, mais pas la perte d'appétit. J'évoque l'insuffisance rénale, même si je n'y crois pas beaucoup. J'explique cette évolution naturelle et fatale, car c'est la seule hypothèse crédible, dans les choses courantes. J'explique aussi qu'une insuffisance rénale avancée, à cet âge, implique une euthanasie, vue la mocheté de l'agonie associée. Mais je pense que l'arthrose et la douleur sont des coupables bien plus probables. Alors, une injection d'antalgiques, et une prise de sang : je vais aller vérifier ça à la clinique. Music, du coup, s'est levé. Il a titubé un peu, puis est parti se planquer derrière le canapé.

En partant, je suis optimiste. Je leur serre la main, nous sourions, je lui dis que je le rappellerai dans quelques minutes, une fois l'analyse faite. Nous discuterons à ce moment là de la prise en charge de la douleur.

Ça ira.

Ou ça n'ira pas.

Je suis bloqué devant l'analyseur de biochimie. Je relance une urée, pour voir. Cohérente. Sa créatininémie est explosée. Ce ne sont pas mes antalgiques qui vont lui redonner envie de manger... Tout ce qu'il va faire, c'est se dégrader. S'étioler. Mort de merde après une agonie de merde.

Je rappelle.

- Oui allo ? Sa voix est enjouée. Bordel, je lui ai remonté le moral.
- M. Marty ? C'est Fourrure. Je... heu, les résultats sont très mauvais. Pas entre deux, pas limite, juste très mauvais. Je suis désolé... mais ça va mal, très mal se passer.

Un silence.

- Alors, c'est comme ça que ça se finit ?

Un autre silence.

- Vous pouvez venir le chercher ? Je ne veux pas y assister, je ne veux pas le regarder mourir, je ne veux pas le voir agoniser, alors, si c'est ça, alors, le plus tôt, ce sera le mieux.

Mme Marty est en larmes.
- Je suis bête de pleurer, hein, ce n'est qu'un chien !

M. Marty est assis, la tête dans ses mains. Il pleure et cache ses larmes, comme ce jour si lointain où il m'avait amené Music, blessé. Plus de dix ans, déjà, dix ans à le soigner, à plaisanter sur le prix de ses traitements, quand M. Marty venait les chercher, tous les 15 jours parce que bon, c'est pas sûr qu'il vivra bien plus, sur sa manière de se cacher au fond du C15 quand son maître passait devant la clinique, à s'inquiéter lors de ses syncopes, à se rassurer lorsqu'il repartait. Ses œdèmes pulmonaires, ses extra-systoles, son œil, sa surdité sélective, son bonheur de chasser, son envie de courir la gueuse, qui avait fini par passer, sa prostate, ses bobos, ses tout petits riens. C'est comme ça que ça se finit. J'emporte Music dans ma voiture, le pose au pied du siège passager à côté de moi. J'ai des poils blancs plein mon T-shirt, et Music se laisse porter. Quand je le pose sur ma table de consultation, seul dans la clinique désertée - ils sont tous partis manger - quand je le pose sur la table de consultation, il s'assied, et me regarde, de ce regard indescriptible de celui qui ne me voit plus mais qui sait où je me trouve. Alors je le caresse, en silence, je lui pose un cathéter, il frémit à peine. Il s'est assis, appuyé contre moi, il s'est assis, et tout doucement, tendrement, il s'est affaissé, il s'est endormi, et moi, moi aussi, tranquillement, j'ai pu pleurer.

lundi 6 juillet 2015 - Dominique Douay – Car les temps changent

Dominique Douay - Car les temps changentLes temps changent, les temps changent ! Ce soir, c'est la Saint-Sylvestre, tous regagnent leur domicile car ce soir, tout se dénoue. Demain, le plombier sera rentier, l'homme sera une femme, l'enfant, un adulte. Ou l'inverse ! Ce soir, 1963 s'achève. Demain, une nouvelle année commence. Nul ne sait ce qu'il adviendra de lui, alors les insouciants brûlent leur temps, les altruistes remplissent le tiroir-caisse, pour celui ou celle qui les remplacera derrière le comptoir. Histoire de bien commencer l'année !

En 1963, à Paris, on ne s'attache pas trop, on n'attend pas grand chose de la vie, on essaye d'être un bon père de famille, on grandit, mais... sans trop savoir pourquoi. Car de toute façon, avec le Changement, tout sera oublié, tout sera annulé, tout sera effacé. Et le hasard décidera.

A Paris, la ville verticale dominée par l'Arc de Triomphe, le métro plonge et remonte, au fil des niveaux de la cité spirale, et Léo le Lion plante là celle qu'il a aimé, l'abandonne à sa solitude, car... A quoi bon ? Dans quelques heures, il aura tout oublié. Autant ne pas faire durer la séparation.

Mais lorsqu'il se réveille, au premier janvier, Léo n'a rien oublié. Et personne ne le voit comme il est.

Ce court roman (200 pages) paru en 2014 au Moutons électriques m'est tombé dessus grâce aux bons conseils de Cathy Martin, de Bédéciné, à Toulouse (une de mes trois librairies préférées, avec Scylla à Paris et l'Atalante à Nantes).

La quatrième de couverture appelle P. K. Dick. A raison, il est vrai, c'est sans doute la référence la plus juste pour évoquer ce roman. On pourrait aussi penser à 1984 d'Orwell, ou Fahrenheit 451 de Bradbury, mais Dominique Douay ne se place pas explicitement sur le terrain de la critique ou de la dénonciation, ce qui le rend d'autant plus savoureux et intéressant. Si Car les temps changent est politique, il ne cherche pas la démonstration, il ne se perd pas en contexte ou en explications. Les temps changent, c'est comme ça. Ça a toujours été comme ça. A Léo le Lion de comprendre pourquoi ils changent, ou ne changent pas, pourquoi lui n'a pas changé, et comment tout cela peut bien fonctionner... A nous de le suivre dans ses espoirs et ses doutes, ses tentatives de prendre le contrôle de son existence : le personnage est crédible est attachant, il n'est ni très malin, ni très chanceux : il n'est pas un héros. Juste un type, un type comme nous, mais un type qui n'a pas changé. Et qui va devoir vivre avec ça, et contre tout le reste, s'il en est capable.

Je suis rarement surpris par un bouquin. Emporté, passionné, séduit, ou ennuyé, oui. Mais surpris, cela se savoure (et sans la libraire, cela ne serait pas arrivé !) : Car les temps changent, c'est de la bonne science-fiction, intelligente, fine, légère, et bien écrite. Une science-fiction qui emporte le lecteur ailleurs, lui propose de réfléchir, sans rien imposer. Avec suffisamment de talent pour avoir réussi à me sortir de mon monde pour me plonger dans celui-là, au point de me faire regarder bizarrement ceux qui m'entourent dans les heures qui ont suivi ma lecture...

lundi 1 juin 2015 - A sec

- Elle est super gonflée derrière, elle se couche et pousse de grands soupirs de douleur, surtout pour faire ses crottins, et ça dure depuis que je vous ai appelé !

Elle s'est levée quand je me suis approché. La jument est mal apprivoisée : très jeune, et Mme Hers vient de la récupérer. Pas sauvage, mais de là à l'examiner paisiblement, non. J'arrive à la caresser, elle baisse les oreilles, retrousse ses lèvres, roule des yeux mauvais.
Du cinéma. Ça va.
Je lui parle doucement, elle tolère bien que je lui caresse l'arrière-main. Pas l'encolure. On ne lui mettra pas de licol, il faudra faire dans ce champs, en liberté. Mes doigts glissent sur son dos, sa croupe. Je parle, je touche, doucement, mais fermement, je m'appuie contre elle. Ne pas rompre le contact, et tout faire en douceur, avec tact. Elle garde un œil mauvais, pour la forme, mais elle me laisse faire. J'écoute son ventre. Elle gargouille, peut-être pas tout à fait autant qu'il faudrait, mais cela me rassure. Je continue à la caresser, je tourne autour d'elle, je ne cesse pas de parler. Elle me tolère. Elle me laisse faire.
Je lui soulève la queue, doucement. Je glisse mes doigts, le thermomètre, elle n'apprécie pas, évidemment. Elle s'éloigne de moi, mais le thermomètre est bien en place. Je le récupère une minute plus tard, je m'approche d'elle comme je m'approchais des poulains au débourrage, à demi-sauvage, à l'époque où j'avais l'énergie et l'inconscience de monter des animaux peu domestiqués. Ils me font marrer, les chuchoteurs, à nous faire croire qu'ils réinventent le lien avec le cheval.
40.1°C
Elle me fuit à nouveau. Mollement, mais en prenant son air méchant.
Elle n'a pas encore fait mine de me taper. Je me glisse contre elle, je la caresse, toujours, ne pas rompre le contact. Mme Hers ne dit rien, elle nous regarde nous tourner autour, il faut que j'arrive à l'examiner. Elle n'a jamais eu de licol, je ne pourrais pas la sédater. Je soulève sa queue, à nouveau.
J'avais bien vu.

- Mme Hers, l'étalon, je suppose qu'il est là pour la saillir ? Depuis combien de temps ?
- Ah oui, heu, une quinzaine. Et puis, il n'arrête pas. Il l'a mordue, c'est lui, c'est ça ?
- Heu... pas de trace de morsure, hein. Par contre. Il est du style à la grimper même quand elle ne veut pas ?
- Oui...
- Manifestement. Et puis là, il a visé l'autre trou. Parce qu'en fait... elle a l'anus défoncé. Et je suis bien infoutu de vous dire si elle a le rectum lacéré, parce que bon, elle me laisse faire pas mal de chose, mais elle ne me laissera pas y toucher. Mais c'est un risque à ne pas négliger.

Alors antibios. Et anti-inflammatoires.
A injecter en liberté.

Et puis... on va voir.

jeudi 30 avril 2015 - Jumeaux

Il est venu à la voiture tandis que j'enfilais mes bottes. Une montagne de muscles, le genre à ne pas avoir besoin de coéquipier quand il faut tirer sur le palan. Un sourire, quelques mots, et le vif du sujet :

- Ben tu vois, Sylvain, il y a deux veaux, un je pense que c'est l'arrière parce que j'ai pas trouvé la tête, et il est mort. J'ai réussi à mettre les cordes aux pattes. Et puis l'autre il vient avec la tête, tout en même temps !

En général, ils sont petits, les jumeaux, le souci c'est que tout se coince. Faut en repousser un, et remonter l'autre. Mais là, je ne comprends pas. Les pieds sont énormes. Ce sont bien des postérieurs. La mère, c'est une jolie blonde, une vieille routière qui n'aura pas de mal à le sortir, mais deux comme ça, là-dedans ? Non ?
Je suis les membres avec mes mains, je palpe et explore. Je trouve la queue et le périnée du veau. OK. Mais il n'y en a pas d'autre ? Je vais plus loin, il était peut-être enroulé, et sortait ses quatre membres en même temps ? Foutrement improbable vue la position.
Non, il n'y a rien. Juste un veau en présentation postérieure.
Je refouille, je fais le tour par l'autre côté. Je m'enfonce, jusqu'aux épaules, je vois que l'éleveur est inquiet. Je file le long de la paroi de l'utérus, au plancher, à la recherche d'une déchirure, une plaie interne par laquelle le second veau aurait pu être "expulsé" dans le ventre. Rien. Tout est normal.

- Heu, je...

Comment lui dire sans le vexer ?

- Bon, il vient de cul, on est d'accord. Les cordes sont bien placées, c'est nickel, on va le sortir, je vais juste la dilater un peu plus. Mais heu... je... heu... je n'en trouve qu'un.

Je vais passer pour un con, là. Ou un incompétent. Ou le vexer.

- Comment ça il n'y en a qu'un ?
- Ben...
- Bien sûr qu'il n'y en a qu'un !
- Mais ?
- C'est la vache d'à côté celle qui a le veau dans le bon sens : ils viennent en même temps !

jeudi 9 avril 2015 - L'instant bleu

Juste une respiration dans un quotidien infernal où les drames et les morts se multiplient, pour un petit câlin impromptu entre deux rescapés qui en avaient bien besoin. Le chiot est rentré chez lui, et, du coup, le chaton l'a suivi - le type a craqué. On ne l'a pas du tout fait exprès.

La chienne l'a adopté.

L'instant bleu
L'instant bleu

dimanche 22 mars 2015 - Jambe en l'air

- Il ne se lève pas. Ce matin, quand j'ai servi la gamelle, il n'est pas sorti de la niche.

Je regarde le vieux, très vieux golden, dans le coffre du break de M. Hers. Le poil blanc a mangé le sable doré, la fonte de ses muscles masticateurs souligne cruellement ses arcades sourcilières. Darwin sent l'urine, Darwin sent le vieux chien. Je soulève ce poids plume sans encombre et l'emmène vers la clinique, ignorant les protestations de son maître qui craint que je me salisse.

Couché sur la table, sa maigreur est évidente. C'est la maigreur du vieux chien qui fond, qui sèche, qui s'étiole et s'en va. Il s'est plaint lorsque je l'ai déposé sur la table d'examen, ses postérieurs sont vraiment tombés n'importe comment. Je réarrange ses membres. Il remue la queue. Prudemment. Quête ma main, que je lui concède immédiatement. Il a mal, c'est évident.

- Depuis quelques semaines, il a terriblement maigri. Et c'était pire ces derniers jours, avec les chaleurs de la jeune ! Il était comme fou, je crois même qu'il lui a fait son affaire ! - A 15 ans, il aurait mieux fait de s'abstenir...

On voit souvent des chiens rendus complètement marteaux par le rut. Ils ne mangent plus, ne boivent plus, ils hurlent, ils trépignent et s'épuisent à répondre à un appel irrésistible. S'il a sailli, il a pu se faire mal au dos. Un faux mouvement, une hernie discale qui saute... Idiot, mais crédible.

Je force doucement Darwin à se coucher sur le côté. Il ne résiste pas. Il place bizarrement son postérieur droit. Raide et de travers. Je n'ose y croire, place mes doigts, à la recherche de l'aile de l'ilium, du grand trochanter et de la pointe de l'ischion. Alignés ! Non ? Je redresse le chien, compare avec l'autre côté. Aucun doute : le fémur est déplacé. Luxation, ou fracture du col ?

Je ne dis rien, j'annonce juste que je vais faire une radio.

Mais je sais déjà que tout cela sent bien plus mauvais que l'urine qui souille le poil terni de ses cuisses.

Alors je montre la radio à M. Hers. La tête du fémur gauche, bien ronde et bien en place dans son logement, et puis la tête du fémur droit, complètement luxée. Il m'écoute attentivement. Une hanche luxée, c'est grave, mais ça se réduit, ou, plus souvent, ça s'opère. Il y a plusieurs techniques, elles fonctionnent bien.

Quand le chien n'est pas pourri d'arthrose.

Quand le chien a encore des muscles pour supporter son poids.

Quand le chien est capable de supporter une anesthésie et une chirurgie lourde, et de s'en remettre.

Quand la douleur et la lourdeur de ces interventions peut se justifier par le confort que l'on va lui apporter.

Mais que puis-je apporter à Darwin ?

Ce con de chien s'est luxé la hanche en sautant une chienne.

- Il n'avait jamais sailli, avant !

Papy s'est démis la hanche en comptant fleurette à une jeunette. Le maître, le véto, l'assistante : nous avons tous envie de trouver ça mignon, de trouver ça romantique, de trouver ça héroïque. C'est grotesque, et c'est drôle. C'est horrible. Jamais Darwin ne pourra s'en remettre, et il a mal, il a très mal, il ne peut plus se lever, il ne pourra jamais plus se lever. C'est tellement absurde.

J'ai envie de rire, j'ai envie de pleurer.

Je pleure, je ris.

J'euthanasie.

jeudi 12 février 2015 - Le livre

Boules de Fourrure devient un livre. Qui sortira le premier avril (non, ce n'est pas une blague).

Les choses prennent une tournure très réelle puisque je suis en train de relire les épreuves, la presque-dernière-version, la dernière en ce qui me concerne directement.

Les habitués du blog y retrouveront des histoires qu'ils connaissent, puisque le gros du livre en est extrait. Mais comme je n'avais jamais écrit pour être publié, mais plutôt sous le coup de l'envie, d'une émotion, d'un besoin, nombre d'entre eux ont été relus, retravaillés, réécrits. Et puis, parce que l'écriture appelle l'écriture, il y a quelques nouveautés...

Bien sûr, je vous tiendrai au courant.

Et non, je ne cesserai pas d'alimenter ce blog, même si le rythme des nouveautés a très fortement diminué. Difficile de se renouveler quand, au début de l'écriture d'un billet, on se rend compte qu'on a déjà parlé d'une histoire très similaire.

Et oui, vous êtes les premiers prévenus.

Merci à vous !

Couverture Dr Fourrure

Vous pourrez aussi me retrouver sur Facebook : j'y causerais surtout du bouquin, ne vous attendez pas à ce que j'y sois très actif, je suis plus à l'aise sur Twitter !

jeudi 4 décembre 2014 - Je veux qu'il ne souffre pas

C'est devenu une litanie. Quand les questions deviennent compliquées, les pronostics défavorables, les diagnostics trop sombres, on me dit, presque toujours : je veux juste qu'il ne souffre pas.
Parce qu'on sait qu'on ne peut pas vraiment le guérir, que l'on peut sans doute ralentir la maladie, améliorer ses symptômes.
Qu'il ne souffre pas.
On peut choisir l'euthanasie, tout arrêter dès aujourd'hui.
Pour qu'il ne souffre pas.
Oh, non, docteur, pas d'analyses, de toute façon. Moi, je veux juste...
Qu'il ne souffre pas.

Cette litanie est parfois une fuite. Qu'il ne souffre pas, ça peut être la réponse facile. Celle qu'on ne vous reprochera jamais. A juste titre, d'ailleurs.

C'est aussi, simplement, souvent, la conclusion logique d'un raisonnement parfaitement sain, et construit : arriver aux soins palliatifs, dans le sens le plus noble de cette terme. Soulager la douleur, accompagner l'évolution inéluctable d'une maladie.

C'est souvent moi qui le précise, alors : faire adhérer le maître de l'animal à la démarche, lui rappeler que c'est la motivation finale de mon travail. Soigner, certes, guérir, de préférence, mais atténuer la souffrance, avant tout. Ne me demandez pas pourquoi, d'ailleurs. Je ne sais pas. Il est simplement inenvisageable de voir les choses autrement. Drôle de question, non ?

D'autant que nous avons vraiment les moyens de gérer la douleur et la souffrance, maintenant.

Alors pourquoi écrire ce texte ?

Parce que cette litanie, cette formule tant répétée, « je ne veux pas qu'il souffre », est la réaction normale et réflexe du maître tétanisé. Je viens de vous assommer. De vous apprendre, ou de vous confirmer – souvent, vous vous en doutiez – que la douleur, ou la souffrance au sens plus large du terme, ne disparaîtra jamais tout à fait. Alors je voudrais, que plus souvent, dans un second temps, vous vous demandiez : « qu'est-ce que je veux vraiment ? ».

Alors, dans ce second temps, une fois que l'urgence, le court terme, aura été géré, on pourra étudier toutes les possibilités. Soigner vraiment, parce que c'est la meilleure façon de faire disparaître la souffrance. Ou utiliser les bons médicaments, sans se cacher derrière de faux nez. Des anti-inflammatoires, des morphiniques, pour la douleur. Des diurétiques, des IECA, pour soulager cette insuffisance cardiaque et cet œdème pulmonaire que vous remarquez à peine. Parce que finalement, c'est souvent ça, mon problème : vous faire admettre que l'animal souffre, quand vous trouvez juste qu'il vieillit. Ou que vous n'avez rien remarqué, ce qui d'ailleurs, peut régulièrement vous vexer. On n'aime pas entendre que l'on a rien vu, et qu'on a laissé, plus ou moins consciemment, son animal se dégrader.

« Boaf, de toute façon, il est vieux, qu'est-ce qu'on peut y faire. »

On s'habitue à la souffrance. Surtout quand ce n'est pas la nôtre.
D'ailleurs, on préfère ne pas la voir, la minimiser. C'est naturel. C'est confortable.

C'est insupportable.

C'est mon boulot. Vous dire que s'il se lève difficilement le matin, c'est qu'il a mal. Que s'il pue autant de la gueule, c'est parce qu'il a des abcès dentaires, et ça fait mal. Que son otite chronique, sa maladie de peau qui ne disparaît jamais vraiment, non, ce n'est pas anodin. Que sa respiration courte et rapide, c'est un signe de souffrance.
Que oui, il vaut mieux prendre des anti-inflammatoires tous les jours de sa vie que d'avoir mal tous les jours de sa vie.

Personne ne souhaite qu'un animal souffre.

Mais qui se donne les moyens, simples, au quotidien, de lutter contre cette douleur ? De la reconnaître, de l'accepter, puis de la traiter ?

Et ne me sortez pas l'argument du prix. Oui, soigner un animal, ça peut coûter cher. Très cher. Mais au long terme, pour la grande majorité des cas, il existe des traitements efficaces et accessibles.

Bien sûr, tout ne se soigne pas, toutes les souffrances ne se soulagent pas. Et finalement, finalement, oui, on pourra finir par choisir l'euthanasie. Pour qu'il ne souffre pas.


***

Petit complément en réaction à plusieurs commentaires :
Ce billet n'est pas une critique ou une moquerie. Il est peut-être un constat d'impuissance, comme, pourquoi pas, un appel à la remise en question sur la gestion de la douleur. On s'enferme si vite dans ses habitudes et ses référentiels, que l'on soit propriétaire d'animaux ou vétérinaire. Et on est souvent obligés de se replier sur un compromis. De se demander s'il vaut mieux soigner une cause, une conséquence, si intervenir est vraiment une bonne idée ? C'est une démarche qui devrait être systématiquement issue de la confrontation et de la collaboration entre deux points de vue : celui du soignant, et celui du maître de l'animal.
Et c'est là dessus que je voulais insister : il ne faut pas simplement dire "je ne veux pas qu'il souffre". Il faut réfléchir, dans toutes ses implications, le sens de cette demande.

lundi 6 octobre 2014 - Mon associé

Il est assis là, presque dans le noir. La lumière bleutée de l'écran se reflète sur son visage, accentue la profondeur de ses cernes. Sa pâleur.
Il est bien 21 heures. La clinique est censée être fermée depuis deux heures. Les derniers clients sont partis il y a une heure, avec l'assistante, qui, sans que rien ne lui soit demandé, est simplement restée.
Il contrôle la caisse, vérifie les chèques, prépare la remise. Il regarde le compte.
Les lumières sont éteintes, les volets sont abaissés. La porte est fermée. A travers la vitre, à travers le logo, on voit la lumière du réverbère.
Le vent souffle les feuilles des platanes accumulées.
Il se passe la main sur le visage, il ne soupire pas. Il ne devrait plus être là, mais il doute. Il a besoin du calme de cette fin de journée pour se poser. Décompresser. Redevenir lui, et pouvoir rentrer, voir sa femme, voir ses enfants.
Il a besoin de poser son masque de vétérinaire pour reprendre celui de la vie ordinaire.
Est-ce qu'on va pouvoir payer les salaires ? Les médicaments du mois dernier ? Est-ce qu'il y a de quoi provisionner, pour les charges de fin d'année ?
Il n'écoute pas ma consultation. Je me suis enfermé, pour mieux le laisser se couper. De toute façon, il sait que je vais gérer. Ces gens, eux aussi, sont rentrés tard. Leur rituel avait été brisé. Leur chien ne leur avait pas fait la fête. Il n'avait pas voulu manger. Alors, ils nous ont appelé. À l'heure où, nous aussi, nous aurions bien aimé rentrer. Mais il n'y avait pas à hésiter. J'achève ma consultation, remets l'ordonnance, je fais régler.
Je devrais pouvoir m'en aller.
Il est assis là, presque dans le noir. La lumière bleutée de l'écran se reflète sur son visage.
Nous avions oublié la commande de médicaments. Je fais le tour des étagères, il note. Une dernière confirmation, nous envoyons.
Il est bientôt 22 heures. Parfois, j'ai l'impression que nous sommes mariés.
Demain, c'est vendredi. Trois chirurgies, dont une lourde. Déjà une douzaine de consultations, une visite de contrôle d'export de chevaux. Des dents à râper. Qui doit être où, quand, est-ce que tout colle ? Il faudra bien. Ce sera possible. Ce sera difficile si la moindre urgence vient tout bousculer.
Comme chaque jour, mon associé.

mardi 16 septembre 2014 - Emphysème

Il est 10h. J'étais en train de vacciner des chevaux, mais la clinique m'appelle et m'envoie en urgence chez un éleveur juste à côté. Un vêlage qui déconne. Pas le choix : j'explique la situation aux propriétaires des équidés, ces derniers n'étant manifestement pas fâchés du changement de programme. D'autant qu'il fallait inspecter les bouches et les dents de tout le monde, et que, curieusement, ils n'aiment en général pas ça.

Il ne me faut que cinq minutes pour être sur place. En fait, ce n'était pas forcément si pressé que ça : rien qu'à l'odeur, le travail dure depuis au moins deux jours. Alors une demi-heure de plus, hein...

La vache est allongée sur une vieille banquette en béton, un peu trop courte pour elle, comme souvent : conçus il y a 30 ou 50 ans pour des vaches bien moins grandes que les modèles actuels, les bâtiments sont souvent trop petits... L'éleveur a noyé la rigole de l'extracteur à fumier avec de la paille bien sèche. Nous sommes sous des tôles. Le thermomètre sur le mur, à l'ombre du bâtiment, indique 40°C. Et il n'est que 10h.

Ça pourrait sentir la paille fraîche, ou l'odeur forte, tenace mais pas si désagréable des vaches, mais ça pue la mort. Respiration buccale réflexe, et, pendant trois heures, rien ne passera par mon nez. Des mouches bourdonnent tout autour de nous. Un veau fait le con dans le fond du bâtiment, puis brame un coup en se coinçant entre deux barrières.

"On vient de la ramener du pré, vu que ça passait manifestement pas. J'ai fouillé, mais j'ai rien compris, il y a des pattes partout."

Nous faisons lever la vache, doucement, sans difficulté. J'enfile ma chasuble en plastique, le sac poubelle en plastique vert qui va me servir de sac de cuisson vapeur pour les trois prochaines heures. Une paire de gants de fouille. J'en utiliserai quatre paires en trois quart d'heure. Je finirai par les abandonner devant leur manifeste inutilité.

La vache salue mon arrivée par un coup de pied. Pépette, on va pas pouvoir la jouer comme ça : mise en place d'une corde, attachée bas pour qu'elle puisse tomber sans problème, et d'une mouchette, tenue par le fils de l'éleveur qui aimerait bien être loin, très loin de ce chantier.

J'explore. Le passage est très étroit, le col très mal dilaté. Il y a trois pieds en même temps. Je palpe les articulations, arrache quelques lambeaux de placenta pourri. Je sue déjà. Je repousse le postérieur, ou plutôt : j'essaie. Pas moyen, il a l'air coincé. Où est sa foutue tête ? Sur la droite, en bas, à l'envers. J'accroche le menton du bout des doigts. C'est loin...

La vache pousse fort, mais rien ne bouge. Tout est calé, bien coincé. Sec au possible. Je sors mes bras de là, jette mes gants et part chercher une sonde en silicone, un entonnoir et un bidon d'huile de paraffine liquide. Je vais remplir cet utérus d'huile minérale, c'est le seul truc qui lubrifiera assez longtemps pour le boulot qui m'attend : les lubrifiants à base d'eau, c'est bien, ça épargne les préservatifs, mais si ça doit durer des heures, rien ne remplace les lubrifiants minéraux.

C'est reparti, et je sue à grosses gouttes, je transpire, mon T-Shirt est certainement déjà trempé. Mes gants ont déjà pris le jus, il y a du liquide purulent et de l'huile de paraffine qui me coulent le long des avant-bras. Ne surtout, surtout pas lever les bras.

Je ne vois plus le temps passer. Je crève de chaud. Ramener le veau dans le bon axe. Je ne vais pas pouvoir le découper, parce qu'il n'y a pas la place : il n'est pas si gros, mais il est gonflé d'emphysème. Son cuir est décollé des muscles par les gaz de putréfaction, je finis par prendre un scalpel en prévenant : quand les gaz vont s'échapper par le trou que je vais faire, ça va puer comme jamais. Je suis sûr qu'ils pensaient que ça ne pouvait pas être pire, quand je les ai prévenus. Ils m'ont cru. Après. Le truc quand on fait ça, c'est de ne pas blesser le vagin ou l'utérus. Là, ce foutu col oedématié ne m'aide vraiment pas. Je saisis la lame du scalpel entre mon pouce et mon index, laissant à peine dépasser sa pointe, je lubrifie tout ça et enfonce mon bras. Butée sur le cuir du veau. Du bout du doigt, je vérifie la texture. Je perce.

J'ai fini par réussir à décaler le veau. La tête est toujours mal placée, la vache tombe souvent, se relève, retombe. Un côté, puis l'autre. Elle sait vêler, elle sait faire jouer son bassin, mais là, ça ne m'aide pas du tout. Je noue une corde à chacun des deux antérieurs. Ma première prise est mal assurée, la corde glisse et emporte un onglon. Refixer, resserrer, assurer. La sueur dégouline sur mon visage, de grosses gouttes, lourdes et lentes, qui glissent sur mon front et s'échoue dans mes épais sourcils. Ça gratte, ça gratte horriblement mais je ne peux pas passer mes mains pleines de pourriture sur mon visage. Et ces saloperies de gouttes finissent par déborder mes sourcils pour couler dans mes yeux, ça pique et c'est insupportable, je ne craquerai pas, je ne foutrais pas dans mes yeux le placenta pourri qui me coule sur les doigts.

Les deux antérieurs sont dans l'axe, le postérieur qui venait en même temps est à peu près repoussé. Il faut que je choppe la tête, et le col est toujours trop serré. Pas moyen de travailler à deux bras. Je glisse ma main droite sous son menton, j'essaie de l'accrocher en pince entre l'intérieur et l'extérieur de la bouche. Je commence à le ramener, mais ma main est écrasée par le col et je me coupe les doigts sur ses incisives. Je commence à avoir mal au bras. J'essaie avec la main gauche, à plat sous la tête, échoue, cherche une prise, les orbites. Pas mieux. Je repousse un peu le sternum, échange mes bras, l'un après l'autre, le remonter, j'ai mal, j'ai putain de mal aux tendons de l'avant-bras, je ne peux plus serrer.

J'abandonne et prend une corde. Noyée d'huile de paraffine, je la glisse derrière sa tête. Je passe une oreille, puis l'autre. La boucle sous son cou, en maintenant bien tout en place pour qu'elle ne glisse pas avant le serrage. J'ai si mal au bras que je suis incapable d'aider l'éleveur. C'est lui qui pilote les cordes. Et en plus j'ai merdé, j'ai pris une des cordes des membres dans ma boucle de tête... il faut recommencer.

Je n'en peux plus. Ça fait combien de temps que ça dure. Une heure, deux heures ?

Je m'arrête cinq minutes, appuyé contre une barrière. Je fais des étirements de mon avant bras, c'est atrocement douloureux, j'ai des putains d'étincelles devant les yeux, et ma sueur me pique...

J'y retourne. Remonter la tête, encore, déplier l'encolure, coincer le front du veau contre le col utérin, faire tirer l'éleveur, allonger ce cou. C'est bon. Il tire les pattes, tout est étiré. Mais jamais, jamais ça ne va passer ! Le veau est gros, mais surtout, le col et le vagin sont si enflammés, si oedématiés, que le passage est ridicule !

Alors on va tirer, mais doucement. La vache tombe, se couche sur un côté, sur l'autre. Nous suivons ses mouvements, déplaçons les points de fixation du palan. Il ne faut pas la déchirer... Respecter l'axe, ne pas perdre ce que nous allons gagner, imprimer des secousses, des torsions. Nous progressons par millimètres, déplaçons la mère plus que son veau lorsque nous tirons. Alors il faut arrêter, la bouger, reprendre. Je finirais par la coucher sur le côté puis lever son postérieur avec une corde, ouvrir le bassin et la forcer à respecter l'axe de traction.

L'extraction aura duré plus de quarante minutes. Mais nous l'avons sorti. Gonflé, pourri, mal foutu, mais en un seul morceau. la mère n''est pas déchirée. Il ne reste plus qu'à lui laver l'utérus. Alors je me recouche, reprends le tuyau, le ramène au fond de la matrice et branche un entonnoir. C'est le fils de l'éleveur qui s'y colle. 20L de solution désinfectante caustique, un rinçage.

J'en ai ras-le-cul. Antibiotiques. C'est l'éleveur qui remplit la seringue, mon bras droit est inutilisable. Tétanisé. Anti-inflammatoires.

Nous avons réussi, et il est content. Parce que je n'ai pas lâché le morceau. Moi je suis content, parce que la vache est vivante, et que j'ai réussi à me faire vraiment mal. Du coup, j'ai un peu l'impression d'être un héros.

Et heureusement, dans ma voiture, depuis quelques années, il y a un T-Shirt et un pantalon de secours.

lundi 11 août 2014 - Le mode d'emploi

- Alors, M. Pique, qu'est-ce qu'il a bouffé cette fois-ci ?

M. Pique : un agriculteur à la retraite, avec moustache et béret.
Il : Ioda, un genre de berger allemand de 9 mois.
Cette fois-ci : la première fois, de la mort-aux-rats, la deuxième fois, de la mort-aux-rats, la troisième fois... de la mort-aux-rats. Mais pas la même à chaque fois.

- Ah ben j'sais pas mais j'ai vu du bleu sur ses babines et sur son palais, alors il en a bouffé !
- Et vous avez quoi avec du bleu chez vous ?
- Chez moi rien, mais chez l'voisin du tue-limace, et puis bon, son truc c'est la mort-aux-rats, vous savez.

Tu parles que je sais, ouais. Et à chaque fois il en trouve une différente.

- Bon, ben protocole habituel.

Je pose le cathéter et décongèle l'apomorphine diluée. Le jour où nous n'en aurons plus sera un jour funeste pour les vomissements provoqués. Hop, une gougoutte dans la veine, et le chien vomit. Deux fois.
Avant, ça servait à faire dégueuler, et ça ne coûtait rien. Maintenant, ça sert à traiter les troubles de l'érection et le parkinson, et ça coûte un bras.

- Allez hop filez, vous m'appelez quand tout est sorti ?

Le tue-limace, je n'y crois pas trop. Il n'a pas le moindre signe nerveux, or ça agit super vite, et c'est vraiment violent. Tue-souris, peu crédible, pour les mêmes raisons. Reste, dans les trucs très courants, la mort-aux-rats. Dans le doute, on fera un temps de coagulation pour vérifier.

- Hey docteur, c'est bon, il a vomi !

Je rejoins M. Pique dans la pelouse, devant la clinique. Un beau vovo que je vais décortiquer sur la table de consultation.

Du bleu. Plein de bleu.
Des morceaux de bouchon en liège. De champagne, vue la capsule.
Un demi ballon de baudruche.
Un toxocara canis. Penser à vermifuger.
Un bout de sachet en plastique, sans doute celui du poison.
Des nouilles. Pas assez cuites.
Des croquettes, pas mâchées mais bien gonflées. Friskies ? Non, Fido.
Et un bout de papier, tout replié, humide et collé. Bleu, et visqueux :

COMPOSITION : 0,001 % de Brodifacoum.
Agent d’amertume : Benzoate de Dénatonium.

PROPRIETES :
– Appât frais prêt à l’emploi : une pâte onctueuse composée de farines et de graisses végétales, dont l’appétence est renforcée par l’ajout d’arômes naturels et de sucre. Le processus de fabrication assure une imprégnation totale et homogène de l’appât pour une assimilation immédiate de la matière active par les rongeurs.
– Puissant anticoagulant : le brodifacoum. Le rongeur meurt dans les 2 à 5 jours suivants l’absorption, la mort semble naturelle et n’éveille pas la méfiance du reste de la colonie, qui continue à consommer le produit.
– La présentation : en sachet toilé biodégradable microporeux, hydrofuge, évite la dispersion des appâts et simplifie l’application avec une plus grande sécurité.
– Non détecté par les rongeurs, un agent d’amertume intégré dans la composition de l’appât réduit les risques d’absorption accidentelle par l’homme.

RECOMMANDATIONS :
– Ne pas toucher les appâts avec les mains pour ne pas éveiller la méfiance des rongeurs.
– Ne pas conserver ou déposer ces appâts à portée des enfants et des animaux domestiques.
– Conserver uniquement dans l’emballage d’origine.
– En cas d’ingestion ou de malaise consulter immédiatement un médecin et lui montrer l’emballage ou l’étiquette.

ANTIDOTE : Vitamine K1 administrée sous contrôle médical.

Pratique.

lundi 7 juillet 2014 - Buse

J'ai déjà fait un billet comme ça, mais peu importe. Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette patiente amenée par une équipe de la DDE qui avait peur d'être ridicule. Récupérée inconsciente au bord d'une route, j'imagine qu'elle a été heurtée par une voiture. Nous l'avons gardée 24h après avoir vérifié l'absence de blessure. Voici quelques photos de sa libération. Être à cru sur le dos d'un cheval. Dormir avec un chat sur le ventre. Tenir un rapace qui s'envole dans les mains. Ce sont des moments que je souhaite à chacun.

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